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Crit air ethanol : rouler au e85 impacte-t-il vraiment votre vignette et l’accès aux zones à faibles émissions ?

Crit air ethanol : rouler au e85 impacte-t-il vraiment votre vignette et l’accès aux zones à faibles émissions ?

Rouler au superéthanol E85 est devenu en quelques années la solution « miracle » pour réduire sa facture à la pompe sans tout changer à son quotidien. Mais côté réglementation, c’est plus flou : Crit’Air, ZFE, restrictions de circulation… Est-ce que passer à l’éthanol améliore réellement votre vignette ? Est-ce que ça change quelque chose pour accéder aux zones à faibles émissions ?

Spoiler : dans l’immense majorité des cas, votre vignette Crit’Air ne bouge pas d’un millimètre. Mais il y a des nuances importantes à connaître pour éviter les mauvaises surprises.

Petit rappel : comment est calculée la vignette Crit’Air ?

Avant de parler éthanol, il faut bien comprendre comment fonctionne Crit’Air. La pastille n’est pas basée sur :

  • le carburant que vous mettez actuellement dans le réservoir ;
  • votre consommation réelle ;
  • vos émissions mesurées au contrôle technique.
  • La vignette Crit’Air est calculée uniquement à partir des informations de votre carte grise :

  • le type d’énergie (rubrique P.3 : ES pour essence, EG pour diesel, FE pour superéthanol E85, etc.) ;
  • la norme Euro de votre véhicule (Euro 3, 4, 5, 6…), déduite de la date de première mise en circulation et du type de motorisation.
  • Autrement dit, Crit’Air est une photographie administrative de votre véhicule, pas un reflet de votre usage réel. C’est pour ça qu’un vieux SUV essence reconverti à l’E85 peut avoir la même vignette qu’un petit citadin qui roule au SP98.

    E85, boîtiers, reprogrammations : de quoi parle-t-on exactement ?

    Le superéthanol E85, c’est un carburant composé :

  • d’environ 60 à 85 % de bioéthanol (selon la saison) ;
  • du reste en essence (SP95).
  • Il est réservé aux moteurs essence (jamais sur un diesel), et il existe trois cas de figure principaux :

  • Véhicule flexfuel d’origine : certaines voitures sont homologuées directement pour rouler à l’E85 (et souvent aussi au SP95/SP98). Dans ce cas, la carte grise affiche généralement le type d’énergie « FE » (superéthanol E85).
  • Montage d’un boîtier E85 homologué : installé par un professionnel agréé, avec réception par l’État. Le boîtier adapte l’injection en fonction du taux d’éthanol. Si tout est fait dans les règles, la carte grise est modifiée pour passer en « FE ».
  • Reprogrammation ou boîtier non homologué : la cartographie moteur est modifiée pour accepter l’E85, mais sans procédure officielle. La carte grise reste en « ES » (essence). Officiellement, le véhicule n’est donc pas reconnu comme roulant au superéthanol.
  • C’est ce P.3 (ES, FE…) qui va être pris en compte par l’algorithme Crit’Air… mais avec une limite importante : aujourd’hui, E85 et essence sont traités à l’identique dans la grille Crit’Air.

    Crit’Air et éthanol : ce que dit vraiment la réglementation

    Le classement Crit’Air repose sur deux choses :

  • la norme Euro (et donc l’âge du véhicule) ;
  • le type de motorisation : essence / superéthanol / hybride essence d’un côté, diesel de l’autre, puis les électriques/hydrogène à part.
  • Sur le plan réglementaire, les véhicules essence et les véhicules au superéthanol E85 sont mis dans la même « famille ». Il n’existe pas aujourd’hui de vignette spécifique « E85 » plus avantageuse.

    Quelques exemples pour clarifier :

  • Citadine essence Euro 4 (mise en circulation en 2007), convertie à l’E85 avec boîtier homologué : elle reste en Crit’Air 2. Passer à l’E85 ne la fera jamais passer en Crit’Air 1.
  • Berline essence Euro 6 de 2018, d’origine flexfuel E85 : elle est Crit’Air 1, comme sa version essence classique. Ni mieux, ni moins bien.
  • Vieux monospace essence Euro 3 de 2003, reprogrammé E85 sans boîtier homologué : carte grise en « ES », Crit’Air 3. Pour l’administration, il reste un simple véhicule essence Crit’Air 3, même s’il roule à 100 % au E85.
  • La vraie différence, pour Crit’Air, reste donc entre :

  • essence / E85 / hybrides essence : assez bien classés, surtout après 2006 ;
  • diesel : beaucoup plus pénalisés, surtout avant Euro 5 ;
  • électrique / hydrogène : Crit’Air 0.
  • Passer un diesel à l’E85 étant techniquement inadapté et réglementairement interdit, il n’y a aucun « raccourci Crit’Air » en jouant sur le carburant.

    Rouler à l’E85 améliore-t-il l’accès aux ZFE ?

    Les ZFE (zones à faibles émissions) se multiplient dans les grandes agglomérations : Paris, Lyon, Grenoble, Strasbourg, Toulouse, etc. Chacune définit :

  • quels Crit’Air sont autorisés ou interdits ;
  • sur quels jours / créneaux horaires ;
  • avec parfois des dérogations (résidents, artisans, véhicules de collection…).
  • Dans la quasi-totalité des cas, les arrêtés municipaux ne font pas de distinction entre :

  • un véhicule essence Crit’Air 2 qui roule au SP95 ;
  • le même véhicule équipé d’un boîtier E85 homologué ;
  • ou le même moteur reprogrammé pour l’E85.
  • Les contrôles portent sur :

  • la vignette Crit’Air affichée sur le pare-brise ;
  • l’immatriculation, qui permet de vérifier la classe Crit’Air en base de données.
  • Jamais sur ce que vous avez dans le réservoir.

    Donc non, en 2024, passer à l’E85 :

  • ne vous fait pas « remonter » d’une catégorie Crit’Air ;
  • ne vous ouvre pas magiquement les portes d’une ZFE qui interdit déjà votre vignette.
  • Le cas particulier des cartes grises en « FE »

    Quand un boîtier E85 est installé dans les règles, ou que le véhicule est flexfuel d’origine, la carte grise mentionne « FE » (superéthanol E85) en P.3. C’est là que pas mal d’automobilistes espèrent un « bonus Crit’Air ».

    En pratique :

  • l’outil officiel de demande de vignette (sur certificat-air.gouv.fr) ne différencie pas, pour le classement, un véhicule ES ou FE de même norme Euro ;
  • le calcul est toujours : essence / superéthanol / hybride essence ensemble, diesel séparé.
  • Résultat : même si vous avez « FE » sur votre carte grise, votre Crit’Air est le même que la version purement essence équivalente.

    Là où la mention FE peut avoir un intérêt, c’est plutôt :

  • pour la revente : argument économique (carburant nettement moins cher) ;
  • pour certains dispositifs locaux (aides régionales à l’installation d’un boîtier, stationnement résident, etc.), quand les collectivités ciblent explicitement l’E85 ;
  • pour rester dans le cadre légal, notamment vis-à-vis de la garantie, de l’assurance et du contrôle technique.
  • Mais sur Crit’Air et les ZFE, aucun avantage dédié pour le moment.

    Et côté pollution, est-ce que l’E85 mérite une meilleure vignette ?

    C’est une question intéressante, parce que Crit’Air est censé refléter l’impact sur la qualité de l’air local (NOx, particules, CO…), là où l’E85 joue surtout sur le CO₂ fossile émis sur l’ensemble du cycle de vie.

    En simplifiant, rouler à l’E85, c’est :

  • Moins de CO₂ fossile émis : le carbone de l’éthanol végétal est en grande partie « biogénique », capté par les plantes pendant leur croissance. Une partie est compensée par la culture, la transformation et le transport, mais le bilan reste généralement meilleur que celui du SP95 d’origine fossile.
  • Une consommation plus élevée : l’E85 a un pouvoir calorifique inférieur, on brûle plus de litres pour la même distance. Typiquement +20 à +30 % de consommation.
  • Des émissions de polluants locaux variables : selon les études, on observe souvent :
  • des NOx proches ou légèrement inférieurs ;
  • des particules très basses (comme l’essence moderne avec injection indirecte, mais plus discuté avec l’injection directe) ;
  • par contre, parfois plus d’aldéhydes (acétaldéhyde, formaldéhyde), peu pris en compte dans la vignette.
  • Mais tout ça n’entre pas dans la logique de Crit’Air, qui reste basé sur :

  • la norme de réception (Euro 3, 4, 5, 6), elle-même issue de tests standardisés ;
  • le type de motorisation (essence / diesel / électrique…).
  • Autrement dit, même si sur le papier l’E85 a un intérêt réel en termes de CO₂ (et parfois en émissions locales), le cadre réglementaire Crit’Air ne le récompense tout simplement pas. Pour l’instant.

    Attention aux discours marketing trop optimistes

    On voit parfois, chez certains installateurs de boîtiers ou dans des pubs, des messages du style :

  • « Passez à l’éthanol, devenez plus propre pour les ZFE » ;
  • « Boîtier E85 = Crit’Air amélioré » ;
  • « Solution idéale pour continuer à circuler en ville malgré les restrictions ».
  • En tant que tel, c’est trompeur. Dans les textes :

  • un véhicule Crit’Air 3 restera Crit’Air 3 même après l’installation d’un boîtier E85 homologué ;
  • un Crit’Air 4 ou 5 n’aura pas « d’upgrade » non plus ;
  • aucune ZFE n’accorde aujourd’hui de passe-droit spécifique aux véhicules au superéthanol.
  • Là où l’éthanol peut vraiment sauver votre budget, c’est sur :

  • le prix au litre (souvent autour de 0,75 à 1,10 € selon les périodes, contre 1,70 à 2,00 € pour les essences classiques) ;
  • le coût au kilomètre, même avec la surconsommation ;
  • l’empreinte carbone fossile du carburant consommé.
  • Mais sur la vignette collée sur votre pare-brise, rien ne bouge.

    Contrôles, assurance, CT : ce qui change (ou pas) avec l’E85

    La question de la légalité revient souvent dans les discussions sur l’éthanol. Là encore, il faut séparer l’aspect « carburant » de l’aspect « Crit’Air ».

    Si vous avez un boîtier E85 homologué et une carte grise modifiée en FE :

  • vous êtes parfaitement dans les clous ;
  • votre Crit’Air est calculé sur la base de cette nouvelle carte grise (mais ne change généralement pas de classe) ;
  • votre assurance est informée du changement de carburant (modification de la carte grise = modification à déclarer).
  • Si vous roulez à l’E85 sans modification officielle (reprog, boîtier non homologué, « bricolage maison ») :

  • la carte grise reste en ES (essence), Crit’Air calculé comme un véhicule essence classique ;
  • vous ne risquez pas une amende « Crit’Air » spécifique à cause du carburant ;
  • mais vous êtes potentiellement hors homologation constructeur, avec des conséquences possibles :
  • refus de prise en charge par l’assurance en cas de gros sinistre (si lien avec la modification) ;
  • problème au contrôle technique si l’installateur a modifié des éléments sensibles, ou si les émissions sortent des tolérances.
  • Côté ZFE, personne ne vient vérifier ce qui coule dans votre réservoir. Ce qui compte, c’est :

  • la catégorie Crit’Air ;
  • l’éventuelle présence ou absence de dérogations (handicap, professionnels, véhicules spéciaux…).
  • Vers une évolution du système Crit’Air pour intégrer les carburants alternatifs ?

    La question commence à être posée : faut-il mieux prendre en compte :

  • les biocarburants (E85, B100, HVO) ;
  • les carburants synthétiques ;
  • l’usage réel des véhicules (kilométrage annuel, style de conduite) ?
  • Pour l’instant, les pistes évoquées en France tournent plutôt autour :

  • d’un durcissement progressif des ZFE pour les Crit’Air 3, puis 2 ;
  • d’incitations vers l’électrique ou l’hybride rechargeable ;
  • de possibles adaptations locales pour les professionnels (plus de souplesse, aides ciblées).
  • Les carburants alternatifs comme l’E85 sont reconnus comme une solution de transition, notamment :

  • pour réduire la facture énergétique ;
  • pour baisser les émissions de CO₂ fossile du parc existant.
  • Mais rien, dans les textes actuels, ne laisse penser à un futur « Crit’Air spécial E85 » à court terme. Si changement il y a un jour, il faudrait revoir tout le système, ce qui est politiquement et techniquement lourd.

    Alors, l’E85, bon plan ou fausse bonne idée pour les ZFE ?

    Si on se limite à la question Crit’Air et accès aux ZFE, la réponse est claire :

  • Passer à l’E85 ne changera pas la couleur de votre pastille.
  • En revanche, est-ce pour autant une fausse bonne idée ? Pas forcément. L’E85 garde plusieurs atouts concrets :

  • Économie à l’usage : même avec +25 % de consommation, le coût au kilomètre est souvent inférieur de 25 à 35 % par rapport au SP95-E10.
  • Impact carbone réduit : si l’on regarde le bilan well-to-wheel, le gain en CO₂ fossile est réel par rapport à l’essence.
  • Solution de transition : pour ceux qui ne peuvent pas (ou ne veulent pas) passer à l’électrique immédiatement, c’est une manière de réduire l’addition et un peu l’empreinte.
  • Mais pour garder la tête froide :

  • votre Crit’Air reste lié à l’âge et au type de motorisation, pas au contenu de votre réservoir ;
  • si votre Crit’Air est déjà interdit en ZFE, l’E85 ne changera pas le verdict ;
  • mieux vaut éviter les solutions non homologuées si vous tenez à votre assurance et à la fiabilité de votre moteur.
  • En résumé : l’E85 est un bon allié pour le portefeuille et, dans une certaine mesure, pour le climat. Mais pour la vignette Crit’Air et l’accès aux ZFE, la règle du jeu est simple : c’est votre carte grise qui décide, pas votre passage à la pompe.