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Abrp ou chargemap : quelle application pour planifier vos longs trajets en voiture électrique en 202

Abrp ou chargemap : quelle application pour planifier vos longs trajets en voiture électrique en 202

Planifier un long trajet en voiture électrique, c’est souvent ce qui fait peur aux nouveaux électromobilistes. Où s’arrêter ? Combien de temps charger ? Faut-il prévoir un plan B en cas de borne HS ? Heureusement, deux applications se détachent clairement pour répondre à ces questions : A Better Route Planner (ABRP) et Chargemap.

Les deux font (à peu près) la même promesse : vous aider à parcourir 500, 800 ou 1 200 km en électrique sans finir à 3 % de batterie au milieu d’une aire d’autoroute fermée. Mais dans les faits, leurs approches, leurs forces et leurs limites sont assez différentes.

Alors, ABRP ou Chargemap : laquelle choisir en 2024 pour préparer vos longs trajets ? Voyons ça de manière concrète, avec un regard très “terrain”.

ABRP : l’outil des obsessionnels de la planification

A Better Route Planner (ABRP) est un peu le couteau suisse des gros rouleurs en électrique. À l’origine, c’était un outil d’ingénieur : très technique, très détaillé, parfois un peu intimidant. Au fil des années, l’interface s’est simplifiée, mais l’ADN est resté le même : on est là pour optimiser le trajet, pas pour faire joli.

La grande force d’ABRP, c’est sa capacité à tenir compte d’un maximum de paramètres :

  • modèle précis de votre voiture (batterie, consommation, vitesse de charge)
  • état de charge de départ (SoC) et souhaité à l’arrivée
  • votre style de conduite (normal, rapide, très rapide)
  • conditions météo (vent, température)
  • dénivelé du trajet
  • Concrètement, ABRP va vous proposer un itinéraire avec :

  • la liste des arrêts recommandés
  • le pourcentage de batterie prévu à l’arrivée à chaque borne
  • le temps de charge optimal (pas juste “restez 30 minutes” au hasard)
  • la marge de sécurité (5 %, 10 %, 15 %…) que vous voulez garder
  • C’est l’application préférée de ceux qui veulent “maximiser” : temps total de trajet, nombre d’arrêts, marge batterie, tout est paramétrable. Mais cela implique d’accepter une courbe d’apprentissage un peu plus raide qu’avec d’autres applis.

    Chargemap : la vision “terrain” et communautaire

    Chargemap est, à la base, un annuaire de bornes. Sa force, c’est le retour d’expérience réel des utilisateurs. Si vous voulez savoir si telle borne fonctionne vraiment, si elle est souvent occupée, si l’accès est compliqué, c’est souvent là qu’on trouve les infos les plus fraîches.

    Avec le temps, Chargemap a ajouté des fonctions de planification d’itinéraire. L’objectif : proposer un trajet réaliste en se basant sur :

  • la base de données de bornes (puissance, opérateur, type de connecteur)
  • les retours des utilisateurs (avis, photos, signalements de pannes)
  • les contraintes de votre voiture (modèle, autonomie, consommation estimée)
  • L’application mise plus sur l’expérience utilisateur et la fiabilité “sur le terrain” que sur la modélisation fine énergétique. En clair : elle est souvent plus rassurante pour quelqu’un qui débute, même si elle est parfois un peu moins “optimale” en termes de temps pur de trajet que ABRP.

    Et bien sûr, Chargemap propose aussi sa propre carte RFID, la Chargemap Pass, pour payer sur de nombreuses bornes. Ça ne remplace pas la planification, mais ça simplifie la vie quand on arrive devant une nouvelle station.

    Différences clés entre ABRP et Chargemap

    Pour choisir l’application qui vous convient, il faut surtout comprendre ce que chacune fait mieux que l’autre. Plutôt qu’un tableau statique, voyons les différences dans l’usage réel.

    Sur la précision de la planification :

  • ABRP est généralement plus précis pour estimer le temps total de trajet, les % batterie à l’arrivée, et la durée optimale de chaque charge.
  • Chargemap a tendance à être plus prudente, en proposant parfois plus d’arrêts ou des marges de sécurité plus élevées.
  • Sur la connaissance des bornes :

  • Chargemap est très fort sur les détails pratiques : borne cachée derrière un parking, badge nécessaire, accès nocturne compliqué, station souvent occupée, photos de l’emplacement, etc.
  • ABRP intègre les bornes, mais avec moins de profondeur “communautaire” : on sait qu’elles existent, mais on a parfois moins de retours d’expérience.
  • Sur l’expérience utilisateur :

  • Chargemap est plus intuitive pour quelqu’un qui n’a jamais planifié un long trajet en VÉ. L’interface est claire, le langage est simple.
  • ABRP est plus dense, avec beaucoup de paramètres. Une fois maîtrisé, c’est un outil extrêmement puissant, mais au début, on peut se sentir un peu perdu.
  • Sur les fonctions avancées :

  • ABRP permet la connexion directe à certaines voitures et à certains systèmes de télémétrie pour suivre en temps réel la consommation, l’état de charge et ajuster le trajet à la volée.
  • Chargemap se concentre davantage sur l’annuaire, la planification “raisonnable” et le paiement via sa carte.
  • Cas pratique : 800 km en plein été

    Imaginons un Paris → Montpellier en plein mois d’août, environ 750–800 km selon l’itinéraire, avec une voiture électrique type compacte (batterie ~60 kWh, consommation moyenne 18–20 kWh/100 km sur autoroute).

    Avec ABRP :

  • Vous indiquez votre modèle précis, votre charge de départ (par exemple 100 %), votre vitesse (par exemple “un peu au-dessus des limites”), et une marge de sécurité de 10 % à chaque borne.
  • ABRP va vous proposer souvent 2 à 3 arrêts de charge rapide, avec des temps de charge volontairement courts (par exemple 20–30 minutes à chaque fois), là où la courbe de charge est la plus efficace.
  • Vous aurez une estimation du temps total de trajet assez réaliste, intégrant les charges.
  • Avec Chargemap :

  • Vous allez probablement obtenir un itinéraire similaire, mais avec parfois un arrêt de charge supplémentaire ou des marges un peu plus larges.
  • Vous pourrez facilement vérifier, pour chaque borne proposée, les derniers avis, les photos, les éventuels problèmes signalés.
  • Vous serez peut-être plus rassuré sur la fiabilité des bornes, au prix, parfois, d’un trajet légèrement plus long.
  • Dans ce cas-là, ABRP est idéal si vous savez déjà comment fonctionne votre voiture sur autoroute, que vous avez l’habitude des bornes rapides et que vous voulez optimiser le temps de trajet. Chargemap sera plus confortable si c’est votre premier gros trajet et que vous voulez prioriser la sécurité mentale et la fiabilité des points de charge.

    Performances en conditions réelles : météo, dénivelé, vitesse

    Un des points généralement sous-estimés par les débutants, c’est l’impact des conditions réelles :

  • un vent de face peut ajouter 10 à 20 % de consommation
  • une température extérieure de 0–5 °C peut faire grimper la conso de 15 à 30 %
  • le dénivelé (montée prolongée) peut aussi peser lourd sur l’autonomie
  • ABRP gère assez bien ces paramètres. L’appli permet de :

  • simuler une température donnée
  • intégrer le vent et son orientation
  • prendre en compte le dénivelé (utile pour les trajets montagneux)
  • Résultat : vos prévisions de batterie à l’arrivée sont souvent plus proches de la réalité, surtout si vous ajustez vos paramètres à votre propre style de conduite.

    Chargemap, de son côté, gère ces aspects de manière plus simplifiée. L’appli fait des estimations de consommation basées sur le modèle de voiture et le type de route, mais avec moins de finesse sur les conditions météo et la topographie. Pour 80 % des usages, ça fonctionne très bien, mais dès qu’on commence à sortir des conditions “moyennes”, ABRP garde l’avantage.

    Fiabilité des données et mises à jour

    Les deux applications vivent d’une chose : des données à jour. Une borne indiquée comme disponible alors qu’elle est hors service depuis trois semaines, c’est le meilleur moyen de générer de l’angoisse…

    Côté Chargemap :

  • la base de données est fortement alimentée par la communauté
  • les utilisateurs peuvent signaler en temps réel les pannes, problèmes d’accès, problèmes de paiement
  • vous voyez la date des derniers commentaires, ce qui donne une bonne idée de la fraîcheur de l’info
  • Côté ABRP :

  • l’appli s’appuie beaucoup sur des bases de données de réseaux de charge et des intégrations avec certains opérateurs
  • les infos sur la disponibilité des bornes sont parfois présentes, mais la partie “retour d’expérience utilisateur” est moins mise en avant que chez Chargemap
  • Si vous roulez souvent sur les mêmes axes (ex : grands axes autoroutiers très fréquentés), les deux solutions feront globalement le job. Si vous explorez des zones moins denses en bornes, la dimension communautaire de Chargemap devient nettement plus intéressante.

    Quand utiliser l’une, quand utiliser l’autre ?

    Plutôt que de chercher un “gagnant” absolu, il est plus utile de voir dans quelles situations chaque appli est la plus pertinente.

    ABRP est particulièrement adaptée si :

  • vous faites souvent des longs trajets (plus de 400–500 km)
  • vous voulez optimiser le temps total (moins d’arrêts, moins de temps de charge)
  • vous aimez comprendre et maîtriser les chiffres (consommation, marges, vitesses de charge)
  • vous êtes prêt à passer quelques minutes de plus à préparer le trajet
  • Chargemap est idéale si :

  • vous débutez en voiture électrique et que vous voulez une appli rassurante
  • vous voulez surtout être sûr que les bornes existent vraiment, qu’on les trouve facilement, et qu’elles ne sont pas HS depuis des mois
  • vous appréciez les avis, photos et retours d’autres utilisateurs
  • vous utilisez (ou comptez utiliser) la Chargemap Pass pour payer vos charges
  • Dans la vraie vie, beaucoup d’électromobilistes utilisent… les deux. ABRP pour concevoir un itinéraire optimisé, puis Chargemap pour vérifier la qualité des bornes proposées et éventuellement ajuster certains arrêts.

    Quelques astuces pour tirer le meilleur des deux applis

    Au-delà du “ABRP vs Chargemap”, la vraie question, c’est surtout : comment réduire le stress et éviter les mauvaises surprises sur un long trajet ? Voici quelques pratiques simples, testées sur la route.

  • Ne partez pas sans marge : dans ABRP, évitez de descendre sous 10 % de batterie à l’arrivée d’une borne, surtout en hiver ou en zone peu dense en bornes.
  • Vérifiez toujours les bornes critiques sur Chargemap : pour les arrêts “obligatoires” (zone sans plan B évident), lisez les derniers avis, regardez les photos, vérifiez les horaires.
  • Prévoyez au moins un plan B : sur 800 km, avoir une borne alternative à moins de 20–30 km de votre arrêt principal, c’est du confort mental.
  • Testez votre voiture sur un trajet moyen avant le grand départ : un aller-retour de 200–300 km vous donnera une bonne idée de votre consommation réelle à 110–130 km/h et de la vitesse de charge sur borne rapide.
  • Ne cherchez pas à charger à 100 % à chaque arrêt : ABRP le montre bien, les derniers 20 % sont les plus lents. Mieux vaut souvent faire deux charges plus courtes à 20–70 % qu’une seule charge 10–100 %.
  • Ces quelques principes rendent la planification beaucoup plus fluide, quelle que soit l’appli choisie.

    Et le GPS intégré de la voiture dans tout ça ?

    Beaucoup de véhicules électriques récents proposent désormais un planificateur intégré : il propose les arrêts de charge, estime l’autonomie, met parfois à jour l’état des bornes en temps réel.

    Le problème, c’est que ces systèmes sont très inégaux selon les marques. Certains sont excellents, d’autres très approximatifs. Souvent :

  • les bornes hors grands réseaux sont mal intégrées
  • les prévisions de consommation sont trop optimistes
  • l’interface est moins pratique qu’un smartphone
  • ABRP et Chargemap restent donc, en 2024, des compléments quasiment indispensables pour les gros trajets, même si vous avez un planificateur embarqué. De plus en plus de conducteurs utilisent d’ailleurs une combinaison des trois : planification initiale sur ABRP, vérification / ajustements via Chargemap, puis suivi du trajet en temps réel via le GPS de la voiture (ou via Android Auto / CarPlay quand l’appli le permet).

    Quel choix pour vous en 2024 ?

    Si on devait résumer en une phrase :

    ABRP est l’outil des “optimiseurs”, Chargemap est l’outil des “rassurés”.

    Si vous débutez, que vous préparez votre premier long trajet de vacances en électrique et que vous n’êtes pas encore à l’aise avec les % de batterie, les vitesses de charge, les marges, alors commencer avec Chargemap est un choix très logique. L’interface est plus accessible, les retours utilisateurs vous éviteront quelques mauvaises surprises, et la prudence intégrée dans la planification vous donnera un filet de sécurité confortable.

    Si vous avez déjà quelques milliers de kilomètres au compteur en VÉ, que vous connaissez la consommation de votre voiture à 110–130 km/h, et que vous commencez à être frustré par des arrêts trop longs ou trop fréquents, alors ABRP va vous permettre de passer un cap. Vous pourrez caler vos trajets sur la courbe de charge réelle de votre modèle, ajuster votre vitesse en connaissance de cause, et réduire efficacement le temps total de voyage.

    Rien ne vous oblige à choisir une seule appli, au passage. Une approche très efficace consiste à :

  • préparer le trajet sur ABRP pour obtenir un scénario “optimisé”
  • vérifier 2–3 arrêts clés dans Chargemap pour valider la qualité des bornes
  • garder les deux applis sous la main pendant le trajet, au cas où vous deviez adapter le plan (bouchons, météo, fatigue, etc.)
  • Au final, l’objectif n’est pas de “jouer au plus malin” avec l’algorithme, mais de rouler sereinement, avec une vision claire de vos options à chaque étape. ABRP et Chargemap sont deux excellents outils pour y parvenir, à condition de les utiliser pour ce qu’ils font de mieux.